31/10/2007Que cherches-tu ?
Tu cherches quoi, petit bonhomme, sur ces nombreuses pages hantées par des centaines d'individus ? Qu'espères-tu, alors même que cette multitude te dégoûte presque de l'espoir ?
Cette question, tu ne la comprends pas. Pourquoi chercher, pourquoi ? Tu te laisses porter, au gré du hasard, non, le hasard n'existe pas, au gré du Temps, du Destin, de cette Force inéxorable qui te conduit vers la Fin. Le futur n'est pas écrit, il n'est qu'esquissé par tes choix d'aujourd'hui, alors pourquoi chercher ? Ce qui doit arriver arrivera, ce que tu veux qui arrive arrivera. En temps voulu.
Tu cherches quoi, petit bonhomme, toi qui n'a rien mais qui espère tout ? Tu cherches un peu de chaleur, un peu de compagnie, et tu es broyé par cette multitude glacée aux contours acérés qui ne te comprend pas, qui te rejette, qui te piétine.
Désillusion, réalité. Petit papillon qui tente de s'envoler vers le ciel sans voir qu'il est emprisonné dans un bocal.
Tu cherches quoi, hein, petit bonhomme ?
30/10/2007Amour de métroJ'attends patiemment, la rame arrive. Elle s'arrête, les portes s'ouvrent. Tu es là, assis, perdu dans ton monde, coupé du monde extérieur par ce beau casque rouge. Mes oreillettes bien vissées, les sons du métro me paraissent sourds, cachés par la musique. Je te regarde, je t'observe, je scrute les traits de ton visage, et toi, tu ne me vois même pas, tu es à mille lieues de t'imaginer que là, soudainement, un garçon a eu le coup de foudre pour toi. Tu es parfait, tes lèvres évoquent en moi des fantasmes de baisers langoureux, tes yeux solitaires et indépendants regardent sans voir par la fenêtre. J'enregistre les moindres détails, la façon dont tes mains s'agite sur tes genoux, au rythme des notes qui déferlent dans tes oreilles. Le plastique rouge se perd dans tes cheveux courts et indisciplinés, qui ont l'air aussi doux que du duvet.
Mon cerveau marche à cent à l'heure et patine dans la semoule en même temps, je veux imaginer un nous, alors que vraiment il n'y a qu'un moi et un tu. Tu es l'inconnu, le désir, l'envie d'accomplissement, je suis l'inachevé, le vide attendant d'être comblé. Pendant ce bref interlude, cette tranche de vie dans les transports en commun, je t'aime de tous les fibres de mon être, et un mot de ta part me ferait tiens pour l'éternité. Et puis les portes s'ouvrent à nouveau, trop vite, 5, 10 minutes, et je n'ai pas eu le temps de m'abreuver de ta vue tout mon saoul, que déjà je me lève, et tu te lèves, et nous sortons, chacun de notre côté.
Nous ne nous reverrons jamais, tu ne te douteras même pas qu'un jour, dans les transports en commun, un coeur s'est épanoui et flétri pour toi.
Nous ne nous rencontrerons jamais plus, et déjà ma mémoire te classe dans cette catégorie si particulière, pleine de tes semblables.
Adieu, amour de métro. 29/10/2007Un coup de vent, une bourrasque froide, et une feuille de plus meurt.
Un coup de vent, et elle s'envole, virevolte, et atterit doucement par terre, emportant avec elle un morceau de chaleur de l'été qui meurt, un morceau de joie de mon coeur.
A chaque feuille qui tombe, il fait plus froid et sombre, à chaque arbre dénudé s'ajoute qui une écharpe, qui des gants.
C'est l'automne, et à chaque minute de clarté qui s'envole, l'obscurité prend un peu plus ses marques, grignote les barrières, installe ses miasmes.
Chaque jour, ça devient un peu plus dur de s'arracher à la chaleur des couettes, l'oreiller parait plus magnétique, la tête plus lourde, les paupières sont scellés, la motivation brille par son absence, et la chaleur devient un mets recherché, et consommé avec avidité.
On se met à imaginer avec ferveur cet autre qui se loverait contre nous sous la couette pour partager un peu de sa chaleur, rallumer la flamme des cendres de notre âtre, cet autre qui comblerait le vide froid où l'automne s'installe. On l'imagine tellement qu'une image se forme dans notre esprit, à l'orée de la réalité et du rêve, dans cet entre-deux matinal où le froid n'a pas encore chassé les rêves de la nuit. On a passé la nuit dans ses bras forts, ses bras d'inconnu qu'on sait qu'on aime, et quand on ouvre finalement les yeux, il n'est plus là, il nous a abandonné. C'est qu'il n'existe pas dans notre réalité.
Un coup de vent, une feuille qui tombe, une minute de jour évaporée, un lit plus vide, des rêves mélancoliques...
Pas de doute, c'est l'automne. 22/10/2007NewbornLe fait que ce "blog" soit nouveau-né, et inconnu, me laisse une liberté formidable. Personne ne le lit, je n'ai pas à craindre de jugement. J'ai devant moi l'infinité d'un espace vierge, et cet espace m'appartient. J'en fais ce que je veux. Si je décide de le gâcher, personne n'en sera témoin. Cependant, si je décide d'essayer de le modeler à ma convenance et d'en faire un espace personnel me représentant, je cours le risque qu'un observateur inconnu trouve le chemin vers mon antre et jette un oeil par cette fenêtre sur ma personne. Sentiment excitant de l'exhibitionnisme, je mets mon âme à nue au grand public, pour l'instant personne ne la voit, mais qui sait... ?
Sentiment effrayant de la page blanche, aussi. Une infinité, c'est dur à remplir. Peur de ne pas être à la hauteur, de n'être qu'un individu somme toute banal, de ne pas réussir cet exercice mieux que mon voisin. Envie de compétition, de me démarquer des autres, de ne pas faire partie de ces "gens", mais d'être Moi.
Que dire de plus ? Ici ne sera pas l'endroit où je raconterai ma vie sexuelle (ou mon absence de), ni même où je raconterai ma vie tout court. Plutôt un bloc note, un fouillis d'idées et d'humeurs, de pensées à demi formées et inachevées, à l'état brut, sans embellissement, mais avec les ratures, les erreurs. Une lucarne, une fenêtre, grande ouverte, avec à peine un rideau blanc pour me cacher. Sans prétention.
Peut-être que l'éventuel voyeur en aura ainsi l'envie de faire ma connaissance. Peut-être pas. C'est ça aussi, la loterie de la vie. AgainUne fois encore, l'angoisse me prend aux tripes, m'étreint. Je devrais dormir, je ne peux pas. Je pense à demain, je ne veux pas être demain, je veux que cet instant ne s'arrête pas, qu'il s'étire à l'infini. Un coeur de nuit sans fin, à penser, à avoir peur, à espérer. A pleurer, à écrire, à lire.
Nu, dans mon lit, je me contorsionne, je m'étire, je me recroqueville, je cherche une position, "la" position, celle qui me donnera envie de ne plus bouger, celle qui me permettra de me perdre dans l'infini, dans un état second, un moment d'éternité. J'écoute une symphonie, le son des violons et du piano s'entremêlent et me portent dans les airs, et soudain je ne suis plus dans mon corps, j'ai les yeux fermés et je rêve.
Je rêve que cette nuit ne finira jamais, je rêve que je n'aurai pas à faire face à la réalité demain, une réalité froide et triste, et grise, une réalité qui ne me donne plus envie de rire, ou même de sourire. Je fantasme, et les étoiles cachées par la brume parisienne apparaissent, je suis ailleurs, partout et nulle part. Cette nuit ne finira pas tant que je ne l'aurai pas décidé, cette nuit au moins m'appartient, si pas la journée de demain.
Je pense à moi, et je pense aux autres. Je pense à celui que je voudrais être, et celui que je montrerai, tous deux inconnus à la personne que je suis réellement, et je pense aux autres, qui ont peut-être le même problème, et je pense que tout en découle. Je pense que tout irait beaucoup mieux si nous pouvions être nous-même, sans peur, sans honte, juste nous, devant tout le monde. Et alors on n'aurait plus à se cacher, seul dans son lit, au milieu de la nuit, à sangloter dans les bras de son oreiller.
Cette nuit m'appartient, et tant pis si demain la réalité n'en sera que plus dure. Pour cette nuit, je suis moi, et je suis immortel.
Pour cette nuit.
 |
| |